Assaut de la police contre Ne Mwanda Nsemi : le témoignage exclusif de Nganga Mayala, rescapé de la tuerie de Kinshasa

À Songololo, 15 membres de Bundu dia Kongo ont été fusillés. La maison dans laquelle ils étaient réunis pour prier a été incendiée et détruite. des témoignages rapportent des cas de mutilations de cadavres par les forces de l’ordre.

Adepte de Ne Mwanda Nsemi, Nganga Mayala était à Ma Campagne avec 220 fidèles lorsque la police a donné l’assaut ce 24 avril 2020. Il est aujourd’hui retourné à Kisantu. Il raconte son vécu des évènements et donne un aperçu de la vie quotidienne au domicile du leader de Bundu dia Mayala.

Deux cent vingt membres de Budu dia Mayala étaient rassemblés au domicile de Ne Mwanda Nsemi depuis le 6 janvier 2020 pour « assurer sa sécurité » selon Nganga Mayala.

En raison de la pandémie de covid-19, les autorités avaient demandé à l’ancien député de laisser repartir ses adeptes. Il n’y était pas opposé par principe. Seulement, il ne pouvait les laisser partir sans pécules. « Ce sont des parents, argumentait le chef spirituel, je ne peux pas les laisser partir sans rien. Si on me paie mes arriérés de salaire, j’aurai les moyens de les laisser partir ».

Version audio de l’entrevue de Nganga Mayala

« On a vu plusieurs autorités venir négocier avec le Grand-maître », poursuit Nganga Mayala. « Cependant, au cours de la même période, on a vu des policiers se déployer autour de la résidence ».

Les combats ont débuté le vendredi 24 avril 2020 après le départ des autorités venues négocier. Nganga Mayala laisse entendre que la résidence avait été attaquée alors qu’il y avait encore la possibilité de négocier. Pour lui, évoquer l’échec des négociations pour justifier l’attaque ne tient pas la route.

Ce qu’a subi Ne Mwanda Nsemi est une injustice tranche Nganga Mayala. « Le salaire de Jena-Pierre Bemba après 10 ans de détention a été payé intégralement. De même pour Franck Diongo. Pourquoi n’est-il pas possible de payer les 24 mois de salaire du Grand-Maître? », se demande-t-il lors de cette entrevue.

Il balaie d’un revers de la main l’accusation de résistance formulée contre les membres de BDM.

« Chez nous les Bakongo, les ancêtres nous ont laissé le kinzonzi. Le dialogue doit être maintenu. Nous ne disposons pas d’armes. Ils viennent toujours attaquer le Grand-Maître avec des armes », assène Nganga Mayala.

Notre interlocuteur qualifie de « montage » et de « mascarade » l’assertion selon laquelle des armes à feu auraient été retrouvées chez Tata Nlongi.

Les policiers ne se sont pas privés de se servir des biens de Ne Mwanda Nsemi après l’assaut (crédit-photo: Human Right Watch)

« Nous ne touchons pas à des armes à feu, nous nous défendons avec des moyens traditionnels légués par nos ancêtres. Le Gouvernement ment comme d’habitude. Il ne serait pas en mesure de nous montrer un seul policier que nous aurions tué par balle », précise Ngana Mayala.

De cet affrontement inégal, on comptera selon Human Right Watch 33 morts. Selon la même source, À Songololo où 15 membres du mouvement ont été fusillés après que la maison dans laquelle ils priaient a été brûlée. Des témoins ont rapporté des cas de profanation des cadavres (mutilation post-mortem).

Les exactions contre les membres de Bundu dia Mayala sont fréquentes depuis plusieurs années. Il semble que pour les forces de l’ordre, les discours incendiaires du leader justifieraient une réponse disproportionnée.

Peu avant l’assaut, les forces de l’ordre ont, à travers des chants martiaux, exprimé leur envie de meurtre comme on peut l’entendre ici.

Durant le siège de son domicile à Kinshasa, les policiers clamaient haut et fort leur volonté d’occire les adeptes de Ne Mwanda Nsemi.